Du 3 au 5 avril 2025, l’Université Columbia de New York a rendu un hommage vibrant au Professeur Souleymane Bachir Diagne à travers une conférence internationale réunissant chercheurs, philosophes et intellectuels du monde entier. Une reconnaissance méritée pour celui qui, pendant près d’un demi-siècle, a porté haut la flamme d’une philosophie ouverte, transversale et profondément humaine.
Né à Saint-Louis du Sénégal, Souleymane Bachir Diagne a tracé un itinéraire intellectuel impressionnant, entre l’Université Cheikh Anta Diop, la Sorbonne, Northwestern University et enfin Columbia. Ce cheminement illustre son rôle de passeur entre l’Afrique, l’Europe et l’Amérique.
Le Professeur Diagne ne s’est jamais contenté de transmettre des savoirs. Il les a traduits, au sens propre comme au figuré, d’une culture à l’autre, d’un système de pensée à l’autre. Ce travail de “traduction” est au cœur de son œuvre, aussi bien sur le plan linguistique qu’intellectuel.
Lors de notre entretien à Dakar en octobre 2024, il confiait avec calme et sourire : « Je vais continuer à être présent dans ces lieux qui ont été des lieux de ma production intellectuelle ». La retraite universitaire ne signifie pas le retrait du monde : bien au contraire, elle annonce un recentrage géographique, une présence accrue sur la scène intellectuelle africaine.
Ce qui fait la singularité de Diagne, c’est son refus des cloisonnements. Philosophie occidentale, islamique, africaine : toutes cohabitent et dialoguent dans ses écrits. Il ne s’agit pas de juxtaposer des pensées, mais de les faire résonner ensemble.
Diagne voit la traduction non comme une opération technique, mais comme une posture intellectuelle : écouter l’autre, comprendre ses catégories, reformuler sans trahir. C’est ainsi qu’il conçoit la philosophie : comme un pont.
Souleymane Bachir Diagne dénonce le « nettoyage ethnique » intellectuel de l’histoire de la philosophie opéré par certains penseurs occidentaux. Il rétablit les liens, les continuités, les relais oubliés entre Athènes, Bagdad, Cordoue, Paris.
Dans un contexte de tensions identitaires et d’islamophobie latente, Diagne affirme, sereinement mais fermement, que l’Islam est fondamentalement une religion de la raison. Il le montre en puisant dans la tradition mutazilite, mais aussi dans le souffle spirituel du soufisme.
À l’époque du calife Al-Ma’mun, la tentative d’imposer le rationalisme mutazilite à toute la communauté a échoué. Diagne, lui, cherche un juste milieu : une philosophie qui reconnaît la raison sans en faire une idole, une foi qui accepte le questionnement sans céder au dogmatisme.
Dans ses écrits, il met en garde contre l’interprétation littérale des textes sacrés, qui mène souvent à l’anthropomorphisme. Pour lui, la spiritualité authentique est interprétative, nourrie par la réflexion.
Barbara Cassin l’a dit avec justesse : Diagne est un sage. Non pas un homme reclus dans ses livres, mais un penseur habité par une exigence de lucidité et de dialogue. Dans un monde de crispations, son humanisme est un phare.
Souleymane Bachir Diagne n’esquive jamais les débats. Face à l’islamophobie savante (Jean-Loup Amselle, Rémi Brague), il répond avec des arguments, sans haine ni violence, mais avec rigueur et honnêteté intellectuelle.
Le philosophe guinéen Alioune Bah lui a consacré un ouvrage salué par la critique. Il y met en lumière la capacité de Diagne à renouveler la pensée religieuse en la confrontant à la modernité, sans renier ses racines.
Dans tout le continent africain, des chercheurs, des écrivains, des philosophes voient en Diagne un modèle : celui d’un intellectuel libre, enraciné, mais tourné vers l’universel.
Son style est limpide, pédagogique, sans jamais être simpliste. Lire Diagne, c’est faire l’expérience d’une pensée qui élève sans exclure.
Que la conférence en son honneur ait eu lieu à Columbia, l’un des hauts lieux du savoir mondial, en dit long sur la reconnaissance dont il jouit. Et cette reconnaissance dépasse les sphères universitaires : elle est celle d’un homme de paix, d’un bâtisseur de ponts.
Dans un monde de murs, de haines, de clivages, la pensée de Souleymane Bachir Diagne est une respiration. Elle nous invite à sortir des enfermements, à dialoguer, à écouter. À redevenir, en somme, pleinement humains.
Souleymane Bachir Diagne prend sa retraite, mais son œuvre reste vivante. Elle continuera d’accompagner nos interrogations, nos espérances, nos doutes. Parce qu’elle est habitée par une conviction simple et puissante : la philosophie n’est pas un luxe, elle est une nécessité vitale.
1. Qui est Souleymane Bachir Diagne ?
C’est un philosophe sénégalais reconnu internationalement, spécialiste de la philosophie islamique, de la pensée africaine et du dialogue interculturel.
2. Pourquoi son œuvre est-elle importante ?
Elle permet de réconcilier foi et raison, de valoriser l’apport africain et musulman dans l’histoire de la philosophie, et de promouvoir un humanisme ouvert.
3. Qu’est-ce que la « traduction » pour Diagne ?
C’est un geste intellectuel fondamental : faire dialoguer les langues, les cultures et les traditions philosophiques.
4. Quels sont ses ouvrages les plus connus ?
Parmi ses livres marquants : Comment philosopher en islam, L’encre des savants, La cartographie du monde.
5. Est-ce que sa retraite marque la fin de sa production intellectuelle ?
Non, il continue d’écrire, de participer à des colloques, et de partager sa pensée, notamment depuis Dakar.
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