Le Sénégal pleure l’un de ses plus grands musiciens. Mamadou « Jimmy » Mbaye, virtuose de la guitare et figure emblématique du Super Étoile de Dakar, nous a quittés le 12 février 2025 à l’âge de 68 ans. Auteur, compositeur et chanteur, il a marqué l’histoire du mbalax en révolutionnant l’approche de la guitare électrique au Sénégal.
Une vocation née dans l’enfance
Bien qu’issu d’une famille de griots, Jimmy Mbaye a grandi sous l’influence d’un père très pieux, opposé à ce que ses enfants fassent de la musique. Mais cette interdiction n’a pas suffi à éteindre la passion du jeune Jimmy. À 10 ans, il fabrique sa première guitare à partir d’un fil de pêche et de canettes. Trois ans plus tard, son frère aîné El Hadj lui offre une guitare acoustique, véritable déclencheur de son parcours musical.
À 18 ans, il s’offre sa première guitare électrique, une Fender Stratocaster, et en 1977, il commence à se produire sous le nom de Jimi Mbaye, en hommage à l’un de ses modèles, Jimi Hendrix. Il joue alors avec African Band et Dagoudane Band, mais son destin va bientôt basculer.
L’aventure du Super Étoile de Dakar
En 1979, Jimmy Mbaye fait une rencontre qui changera sa vie : Youssou Ndour. Ensemble, ils vont révolutionner la scène musicale sénégalaise en imposant le mbalax, un style dynamique, dansant et profondément ancré dans la culture locale. Deux ans plus tard, ils fondent avec Mbaye Dièye Faye (percussions), Papa Oumar Ngom (guitare) et Assane Thiam (tama) le légendaire Super Étoile de Dakar.
Pendant plus de 30 ans, Jimmy Mbaye est l’âme de la guitare du Super Étoile. Son jeu unique, mêlant influences traditionnelles sérères et mandingues à l’énergie du blues et du rock, donne au mbalax une dimension moderne et universelle.
Une carrière solo et des collaborations prestigieuses
Parallèlement à son travail avec Youssou Ndour, Jimmy Mbaye s’est lancé dans une carrière solo, explorant de nouveaux horizons musicaux. Il a sorti trois albums :
- Dakar Heart (1997) – récompensé par l’Indie Award for Contemporary World Music
- Yaay Digalma (2004) – marqué par des influences diverses et une reprise de Don’t Give Up de Kate Bush et Peter Gabriel
- Khare Dounya (2012) – enregistré avec son groupe Dogo dans son propre studio à Dakar
Son talent l’a amené à collaborer avec de nombreux artistes internationaux comme Peter Gabriel, Gilberto Gil, Steve Reid et Oumou Sangaré, mais aussi avec la scène locale, notamment Viviane Chidid, Alliance Ethnik, Cheikh Ndoye, Pape Diouf et Pape & Cheikh.
Un style unique, une signature inimitable
Ce qui faisait la singularité de Jimmy Mbaye, c’était son son. Il a su intégrer à sa Fender Stratocaster les sonorités du xalam et de la kora, donnant à son jeu une couleur totalement nouvelle. Son solo sur Bird (album Ba Tay, 2001) en est un parfait exemple : une fusion entre modernité et traditions africaines, qui reste aujourd’hui une référence.
Son style, à la fois fluide et expressif, lui a valu l’admiration du public mais aussi de ses pairs guitaristes, qui le considéraient comme un pionnier et un maître du mbalax électrique.
Un retour marquant au Super Étoile
Après une pause en 2013, Jimmy Mbaye fait un retour triomphal au Super Étoile de Dakar en 2017, rejoignant une dernière fois son ami de toujours, Habib Faye, disparu un an plus tard. Ce fut une période intense, marquée par des concerts mémorables.
En septembre 2023, il enflammait encore la scène du Théâtre du Châtelet à Paris lors du spectacle Birima. Son intro légendaire sur ce morceau, co-composé avec Youssou Ndour, restera gravée dans la mémoire des mélomanes.
Un héritage immortel
Avec la disparition de Jimmy Mbaye, c’est une page de la musique sénégalaise qui se tourne. Mais son influence, son style et ses mélodies continueront d’inspirer les générations à venir. Son xalam électrique, sa passion du mbalax, et son amour de la musique sont aujourd’hui un patrimoine inestimable.
Xalam neex na pare, buum ba dàgg.