Une inauguration qui fait date
Vendredi soir à Dakar, les portes d’un lieu inédit se sont ouvertes : le Centre de recherche et de documentation du patrimoine culturel. Un projet d’envergure porté par la Direction du Patrimoine culturel, inauguré en grande pompe par la ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Culture, Khady Diène Gaye.
À cette occasion, le public a également découvert l’exposition immersive « Taarixu Ndakaaru biir géedj – l’histoire immergée de la presqu’île de Dakar », consacrée au patrimoine subaquatique de la capitale.
Un hommage et une vision
Dès les premiers mots de son discours, la ministre a tenu à rendre hommage à feu Mamadou Seyenga, figure emblématique du patrimoine sénégalais, à qui le centre est dédié. Elle l’a salué comme « un illustre fils de ce pays, passionné de patrimoine, pétri de valeurs », avant de remercier sa famille, présente lors de la cérémonie.
Mais au-delà de l’émotion, c’est une vision qui s’incarne. Le centre est pensé comme un modèle réplicable dans toutes les filières de gouvernance, associant mémoire, innovation et accès au savoir. Il comprend une bibliothèque spécialisée, une photothèque, et ambitionne de devenir un carrefour incontournable de la recherche sur le patrimoine.
Une exposition entre profondeur historique et immersion sensible
Dans la foulée de l’inauguration, le public a été convié à explorer les fonds marins… sans se mouiller. L’exposition « Taarixu Ndakaaru biir géedj » propose un voyage au cœur des vestiges immergés du Cap-Vert, mêlant recherche archéologique et pédagogie culturelle.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre du projet Margullar-II, soutenu par l’Union européenne à travers le programme Intercept Mag, et pilotée par la Direction du Patrimoine culturel.
Khady Diène Gaye y voit « une plongée dans une histoire silencieuse, une mémoire immergée que nous devons révéler et préserver », appelant à faire éclore d’autres projets similaires.
Le patrimoine subaquatique, nouvel horizon stratégique
Pour Oumar Badiane, directeur du Patrimoine culturel, cette double inauguration marque un tournant. Avec ses plus de 700 km de côtes, le Sénégal possède un immense potentiel dans le domaine du patrimoine subaquatique, encore largement méconnu.
Il a évoqué un inventaire de plus de 200 villages et une base documentaire en pleine expansion, enrichie notamment grâce à des partenariats stratégiques avec l’Espagne, le Portugal et le Cabo Verde. Ces collaborations ont permis la formation de jeunes chercheurs et la cartographie d’épaves historiques autour de Dakar.
Une dynamique qui, selon lui, préfigure la création d’un Centre national du patrimoine subaquatique.
L’eau, mémoire nationale
Dans une belle formule, Oumar Badiane a résumé l’esprit de cette démarche : « L’eau, c’est la mémoire nationale ». Invisibles, les trésors immergés n’en sont pas moins essentiels à la compréhension de l’histoire, de l’identité et de la culture sénégalaise.
À travers cette double initiative, l’État sénégalais affirme sa volonté de valoriser toutes les dimensions de son patrimoine, même celles dissimulées sous les flots. Une manière de rappeler que la culture, pour rester vivante, doit aussi plonger dans ses racines les plus profondes.